Le 11 Août 2016,
la municipalité de Cannes décide d'interdire l'accès à la plage aux femmes
portant un « burkini » une tenue islamique féminine laissant
seulement paraître les pieds, les mains et le visage. L’arrêt est à priori anodin, mais la polémique à son
origine et les justifications ayant motivées une telle interdiction illustre
fort bien le climat latent dans l’espace public français depuis l’attaque
terroriste de Mars 2012, début d’une série de violences. De la surenchère
sécuritaire des hommes politiques à la remise en cause de l’exemple laïc
français, retour sur une lente descente aux abysses…
« Une société
sous le choc ! »
C’est en 2012 que
la France se voit basculer dans le régime permanent de la peur terroriste. En
Mars, Mohamed Merah tue sept
personnes, dont trois militaires et quatre civils, dont trois enfants, à
l'entrée d'une école juive. C’est le début d’une série macabre qui verra sept
autres attentats être commis, les uns plus meurtriers que les autres, en
particulier en 2015 année sanglante de l’attaque du magazine satirique
« Charlie Hebdo » dont l’émoi suscité à travers le Monde fît place à
peine neuf mois plus tard au pire acte terroriste commis sur le sol
français :le bilan fait état de 129 morts et de 300 blessés, dont 99
graves et ces attentats-suicides sont vite revendiqués par l'État islamique qui
brandit la menace de leur perpétuation si jamais la France ne renonçait pas à
son appui à la coalition alliée contre « Daesh ». Menace mise à exécution
puisque le 13 juin 2016 deux policiers
sont tués dans les Yvelines par Larossi Abdalah, un sympathisant de la cause de
l’Etat islamique et un mois plus tard, en pleine célébration de sa fête
nationale, la France est de nouveau plongée dans le deuil avec l’attaque au
camion de Nice qui fera au moins 84 morts et des dizaines de blessés. Cet attentat,
le dernier à l’heure actuelle, contribuera à exacerber un climat social déjà
extrêmement délétère.
« Un clivage identitaire exacerbé… »
Comme prévisible au vu du
contexte international actuel, cette série d’attentats remet au goût
l’indexation d’une communauté musulmane déjà fortement décriée pour son
« communautarisme ». La frontière de l’amalgame entre Islam et
terrorisme est vite franchie au sein d’une frange importante de la population
française et les tentatives de ladite communauté de se démarquer des
agissements de l’Etat islamique n’empêche pas leur perception en tant que groupe
social culturellement et idéologiquement hostile à une intégration au sein
d’une France aux valeurs républicaines qui donc constituerait une menace pour
l’identité des français
Ainsi, ils seraient
aujourd'hui 63% des français à estimer que "l'influence et la visibilité
de l'islam" seraient "trop importantes" en France, soit une
hausse de 8 points par rapport à 2012 et fait majeur : cette hausse serait fortement tributaire de
l’évolution de la pensée d’une certaine partie des électeurs de la gauche"
pourtant réputés historiquement plus ouverts.
Une
« aubaine » pour les politiques, une décadence pour la République…
Le climat de peur et de suspicion
suscité par la permanence de la menace terroriste est tel que l’enjeu
sécuritaire est devenu le sujet principal au sein de l’espace politique
français, une occasion pour les hommes politiques l’animant de procéder à une
quasi-surenchère sur les moyens à mettre en œuvre pour contrer le fléau
terroriste, les solutions proposées se distinguant les unes des autres de par
leur radicalité. On se rappelle de la fronde à gauche en réaction à la
« dérive à droite » menée par Martine Aubry, Christiane Taubirat (qui
démissionnera par la suite..) et autres pontes du Parti socialiste, à la suite
du projet « antirépublicain » du Gouvernement de proposer au vote une
loi consacrant la déchéance de nationalité des français reconnus de crimes
terroristes au lendemain des attaques terroristes du 13 Novembre 2015, une
initiative exceptionnelle tout comme celle de l’instauration de l’état
d’urgence et du rétablissement du contrôle aux frontières.
Une « dérive à
droite » dictée par le souci d’un exécutif en manque de popularité, de se
redonner une légitimité en vue des échéances électorales prochaines auprès d’un
électorat de plus en plus porté vers les discours « droitistes ».
Une Droite où l’extrême
profite le plus, à coup sûr, de la tournure des évènements, à en croire les multiples
sondages réalisés dans le contexte du péril terroriste et qui voit Marine Le
Pen monter en flèche dans les sondages parallèlement à l’augmentation
exponentielle du nombre d’adhérents à son Parti, le Front National.
La Droite dite républicaine
n’est pas en reste et aux propos d’Henry Gaino selon qui un militaire avec un
lance-roquette" aurait arrêté le camion meurtrier de Nice ne peuvent être
opposés que ceux de Nicolas Sarkozy, en opération absolue de reconquête, selon
qui : « L’Etat de droit n’a rien à voir avec les Tables de la Loi de
Moïse » et préconise l’ouverture
de « centres de rétention" pour les personnes fichées S alors même
que "Toute détention doit
être décidée par l’autorité judiciaire ou exercée sous son contrôle"
d’après un arrêt du Conseil d’Etat français, l’expulsion des étrangers
fichés S "suspectés de liens avec le terrorisme" mais aussi ses
dernières propositions à avoir fait des émules à savoir une modification
"assez substantielle" du « droit du sol », l'interdiction du voile à l'université et
dans les entreprises ou encore la suppression des menus de substitution dans
les cantines scolaires.
Autant de considérations qui constituent en somme, des
facteurs d’autant plus déstabilisant que la société française est traversée
depuis des années par des tensions internes, liées à la crise de son modèle
politique avec le débat sur la laïcité ou encore la problématique d’une
communauté musulmane dont l’intégration est avancée mais encore incomplète,
raison de son ébranlement dans le contexte de crise sécuritaire que traverse la
France, une situation qui en fait d’ailleurs une cible privilégiée au-delà de
la représentation symbolique.
Rappelons que de 2012 à 2016, ces attaques terroristes
sanglantes et répétitives ont causé près de 250 morts en France.
MOUSSA
NGOM